Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (5)

Publié le 6 Septembre 2014

Hermann et  Gabrielle : Lettres du front macédonien (5)

4 juillet 1916    

 

Bien chère frangine,

 

Je viens répondre à votre lettre du 21  qui m'est arrivée ce matin-même. Je suis très heureux que les cartes postales vous fassent plaisir mais n'allez pas  croire que je me servirais de cela pour abréger mes lettres , non au contraire. Mais cous m'excuserez aujourd'hui car par extraordinaire je suis occupé par un travail assez pressé voilà pourquoi pour quatre jours encore mon temps sera très rempli.

J'ai été chargé d'illustrer le programme d'un concours présidé par le Général BAILLOUD alors il s'agit de faire bonne figure en s'appliquant. Vous serez donc indulgente chère frangine et sitôt débarassé une longue lettre partira.

Les cartes comme vous le voyez ne sont pas merveilleuses mais il faudra s'en contenter. Je ne peux pas dire que l'article manque mais le travail d'impression n'est pas soigné, à part celle-ci et quelques autres il est rare de trouver quelque chose de propre.

Je regrette bien en effet de ne pouvoir goûter de vos bonnes cerises mais la sobriété de tous mes désirs me fait oublier toutes ces vieilles choses et l'on n'est presque pas étonné de se trouver en été sans fruit. Je vous le disais bien, nous sommes réduits à l'état animal et ce n'est que le retour de la paix et surtout la vie du civil qui pourront nous remettre à condition que ça ne tarde. Heureusement que vous me donnez espoir et je lance un soupir d'encouragement.

Quant à la chaleur, je croyais en effet me trouver à l'abri du soleil ici, mais je constate qu'il chauffe aussi fort partout dans ce maudit pays. Je vous quitte, alors écrivez-moi plus souvent et recevez de votre frérot qui pense à vous d'affectueuses pensées.

 

Hermann                                 

 

Excusez l'écriture, je n'y vois presque plus. Il va faire nuit et je vous souhaite le bonsoir. 

 

Hermann et  Gabrielle : Lettres du front macédonien (5)

7 juillet 1916       

 

Bien chère frangine,

 

J'ai reçu aujourd'hui votre colis qui m'a fait grand plaisir et vous en remercie infiniment. Malheureusement l'action de la chaleur a fondu le chocolat de sorte que le jambon est arrivé amalgamé d'une couche de chocolat. Le fait est qu'il n'y avait aucune odeur inquiétante et je crois que c'est à cette transformation imprévue que je dois d'avoir pu le manger. Il était excellent. 

D'autre part vous avez des inquiétudes sur mon sort à l'idée que les mouches pourraient me dévorer, il ne s'en faut pas de beaucoup il est vrai, mais tout de même les petites bêtes ne mangent pas les grosses.

Enfin inutile de vous faire du mauvais sang, à part le chocolat tout est arrivé hier. Cla étant, chère frangine, évitez à l'avenir l'envoi de matières décomposables ou transformable par le manque d'air ou par la chaleur. Pour le jambon ce n'est déjà pas prudent.

D'après votre petite lettre il ferait aussi très chaud en France, ce doit être extraordinaire car je crois que dans votre latitude la température devrait être plutôt normale. Dans tous les cas, ici c'est affreux, nous étouffons et je me demande quel sera notre état au moment des canicules. Mais je préfère cela tout de même aux rigueurs de l'hiver qui sont pour le soldat un deuxième ennemi.

Je prends patience quand même car d'après les communiqués les choses ont l'air de se précipiter et peut-être le Dieu de la guerre (que nous avons ici tout près sur l'Olympe) nous épargnera-t-il une troisième année de carnage. Je compte sur vous pour me communiquer l'opinion en France. 

Je vous laisse chère frangine et vous remercie encore une fois pour les friandises. 

Votre tout dévoué,

Hermann

 

Je tenais à vous montrer le dos d'une des cartes afin de vous montrer la petitesse de l'écriture mais on ne peut pas la qualifier d'écriture "en pattes de mouche" car si elle est minuscule, l'écriture reste soignée.

En agrandissant à la photocopieuse c'est plus facile à lire ! Lol

Je vous montre donc la carte du 7 juillet :

Hermann et  Gabrielle : Lettres du front macédonien (5)

A bientôt, bises

Rédigé par Elisabeth

Publié dans #Lettres du front

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unehistoiredefil 08/09/2014 18:03

Toujours très intéressant! Mais sa me stress quand même de pas pouvoir lire les lettres de Gabrielle!!! Enfin! Encore merkiiiii!!

Kiss-Bisou

Elisabeth 10/09/2014 10:34

Oui, je te comprends mais je n'ai que celles d'Hermann et encore pas toutes ; seulement celles qui ont échappé à la destruction car elles étaient sur des cartes postales et les trois longues lettres car il y avait de jolis dessins dessus !
Mais ça nous permet de lire de très jolies lettres .............
bises

CosIadoru 08/09/2014 17:18

C'est touchant et émouvant.Merci:)Bises:)

Elisabeth 10/09/2014 10:38

Oui et en les relisant pour vous les faire partager , je retrouve le même ressenti qu'à la première lecture .
bises

Lilou pour L 07/09/2014 11:31

Cette correspondance est vraiment incroyable !!! Pauvre Hermann .... on peut presque partager son ressenti .... Merci pour ce partage !!! Mon Ado aimerait en parler à sa prof d'histoire ;) c'est au programme de son année :) Tu veux bien, dis ?? Xoxo

Elisabeth 10/09/2014 10:39

On sent qu'il n'en dit pas trop à cause de la censure mais on devine entre les lignes .....
bises