Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (7)

Publié le 13 Septembre 2014

Cultivateurs macédoniens

Cultivateurs macédoniens

En campagne, 16 août 1916     

 

Bien chère soeurette, 

 

En vitesse sans prendre de temps puisqu'il est tard je vous trace ces quelques mots. Je suis un peu fatigué ce soir car j'ai couru cette matinée pour des achats, toujours. Heureusement je suis tombé un jour de marché qui a satisfait tous nos désirs.  Mais c'est dur par ce soleil de plomb.

Que devenez-vous ? Je n'ai toujours pas de vos nouvelles. Encore aujourd'hui pas de courrier. J'espère qu'à la prochaine occasion je serais comblé. Je vous quitte alors soeurette et vous laisse en même temps une bonne pensée de votre frérot tout dévoué. 

 

Hermann

Constantinople - Les Eaux Douces d'Europe (lieu de promenade pour les touristes qui visitent Constantinople au début du XXe siècle)

Constantinople - Les Eaux Douces d'Europe (lieu de promenade pour les touristes qui visitent Constantinople au début du XXe siècle)

22 août 1916         

 

Bien chère frangine, 

 

Quelques mots sur mes genoux car nous allons camper provisoirement. Ce soir nous devons occuper nos nouveaux emplacements. On n'y a pas perdu au change et ça rapplique abondamment ici aussi. 

Enfin patience, peut-être arriverons-nous à bout de tout ce malheur et surtout un moment plus tôt.

A part cela tout va bien en question de santé. Pas de vos nouvelles toujours et pour quelques temps encore malheureusement. 

A l'instant où je vous écris sous une rafale d'obus nous cherche, j'espère qu'elle ne nous trouvera pas. 

Je vous quitte chère frangine en attendant de vos bonnes nouvelles et vous laisse avec une bonne pensée de votre frérot. 

 

Hermann
 

Constantinople - Le grand cimetière de Scutari (cimetière célèbre auquel Théophile Gautier a consacré un chapître dans son livre "Constantinople")

Constantinople - Le grand cimetière de Scutari (cimetière célèbre auquel Théophile Gautier a consacré un chapître dans son livre "Constantinople")

30 août 1916

En campagne

 

Bien chère soeurette,

 

Je viens enfin de recevoir la lettre qui vous apprend notre départ d'il y a quelques temps. Mais depuis que de changements et que d'émotions. Malheureusement nous n'avons pas fini et si ce n'était la censure je vous donnerais quelques renseignements dur la situation très curieuse des derniers temps. 

D'ailleurs les journaux doivent vous informer, tant bien que mal, mais toujours est-il que la Macédoine ne fut jamais plus salade qu'actuellement. Comme je vous le disais donc nous n'avons pas fini de nous appuyer des "trottes". Pour l'instant nous sommes en première ligne, le régiment du moins et nous autres dans un village souvent .................

Grâce à Dieu il n'y a pas de mal jusqu'ici mais il ne faudrait pas trop s'y attarder. Vivement qu'on se débine à cause de cela comme par désir de nouveau.  Que de choses on se conterait chère frangine si l'on était ensemble ! je crois que les heures passeraient bien vite. Mais où sont les beaux jours ? Bien loin hélas. Aussi je me console à l'idée que l'affection de ma soeurette ne faiblira jamais. Ce de quoi je ne doutais guère mais que j'aime à lire quand même dans votre aimable lettre. 

Soyez certaine que la chose est réciproque et en attendant les beaux jours croyez chère frangine à l'amitié la plus sincère de votre frérot tout dévoué. 

 

Hermann

Pas de nouvelles encore de Couprie. Le temps me paraît bien long

Constantinople - Dans la Corne d'or (célèbre estuaire de Constantinople qui se jette dans le Bosphore)

Constantinople - Dans la Corne d'or (célèbre estuaire de Constantinople qui se jette dans le Bosphore)

11 septembre 1916    

 

Bien chère frangine ,

 

J'ai reçu hier votre charmante carte qui m'a fait grand plaisir et regrette que la personne ne soit pas présente pour me dire de vive voix ces doux mots. En retour je ne peux que vous assurer la réciprocité de cette promesse et soyez certaine que votre frérot quoique très occupé pense bien souvent à vous quand même.

Vous m'excuserez chère soeurette si encore aujourd'hui j'emploie la carte car c'est à la hâte que je vous trace ces quelques lignes. Mes journées sont entièrement prises et sans exagération une partie de mes nuits également. Je pense que cela ne durera éternellement et qu'un de ces jours je pourrais vous écrire plus longuement.

Je vous quitte alors chère soeurette avec mes plus sincères amitiés. Votre frérot tout dévoué. 

 

Hermann

Couprie vient d'être évacué pour fatigue. C'est un veinard et lui souhaite un bon et long repos.
 

A bientôt,

Bises

Rédigé par Elisabeth

Publié dans #Lettres du front

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Madynla 13/09/2014 22:28

C'est vraiment très émouvant!
Bises, bon dimanche

CosIadoru 13/09/2014 09:46

Une bien jolie correspondance:)Bises:)

Lilou pour L 13/09/2014 09:19

Des promesses entre Hermann et Gabrielle ?? Merci tout plein pour ce partage de correspondance ;) Beau WE à toi Xoxo