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Publié le 25 Septembre 2014

Constantinople - La grande muraille terrestre de Byzance

Constantinople - La grande muraille terrestre de Byzance

26 avril 1917 à Kapistitza     

 

Bien chère franginette,

 

Quelle éternité  que je n'ai plus de vos bonnes nouvelles, que devenez-vous enfin ? aurais-je le bonheur un de ces jours de vous lire ? Quant à moi chère soeurette j'ai eu trop de tracas ces derniers temps qu'il m'était tout à fait impossible de prendre la plume, je ne parle pas du cafard monstre qui m'a rongé durant ces derniers évènements. Vous ne savez surment pas que j'ai quitté le 176ème ; grâce à Dieu j'en suis détaché depuis une vingtaine de jours et croyez que ce n'est pas avec regret. 

D'abord j'y ai beaucoup gagné et ensuite le nouveau colonel que nous avions bouleversait tout et n'a pas manqué d'en faire autant à mon égard et prétextant une raison banale avait trouvé moyen de me réexpédier dans mon ancienne compagnie.

Heureusement j'avais pris mes dispositions et mes chers camarades d'autrefois ne purent m'avoir auprès d'eux que vingt quatre heures au bout desquelles je partis pour être attaché auprès d'un capitaine commandant une zône neutre en macédoine. Un charmant officier qui a toujours été très gentil pour moi jusqu'à ce jour et avec lequel je serais très heureux , je crois. Vous connaissez peut-être la famille qui habite Saint Jean d'Angély. C'est Monsieur le Capitaine Ruzé.

Enfin chére franginette me voilà à mon nouveau poste et très heureux pour l'instant, j'espère que ça durera et que dorénavant on sera un peu plus assidu et fidèle à sa grande soeur. Qui sait à quoi vous avez du penser de mon silence, pas à un oubli certes car je ne pourrais oublier celle qui était venue me porter courage et consolation dans les tristes petits passages de la vie militaire en campagne. 

Soyez donc certaine que la pensée de votre frérot ne vous quitte jamais et sera très heureux d'avoir souvent, bien souvent des nouvelles de sa soeurette qu'il quitte pour aujourd'hui avec ses plus affectueuses pensées. 

 

Hermann

Intérieurs macédoniens

Intérieurs macédoniens

Constantinople - Sainte Sophie

Constantinople - Sainte Sophie

Kapistica 2 mai 1917            

 

Bien chère franginette,

 

Quelques mots pour vous dire que le frérot, l'enfant prodigue, pense bien à vous et vous remercie infiniment pour le colis.

Votre silence me coûte beaucoup, j'espère avoir de vos nouvelles, comptez sur moi pour avoir souvent des miennes.

Vite une longue lettre et les meilleures pensées de celui qui est votre tout dévoué 

 

Hermann

Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (9)

5  Juillet 1917    

 

Bien chère frangine,

 

Je viens de recevoir votre carte datée du 13 juin et constate avec plaisir que vous ne m'avez pas complètement oublié. 

Je comprends très bien que l'inventaire doit vous préoccuper et vous êtes excusée. Puisque nous en sommes aux excuses, je vous ferais également les miennes. Mon nouveau poste ne me laisse guère de loisirs et si je prends aujourd'hui la plume c'est un petit moment de répit qui ne m'est pas souvent accordé. 

Enfin quelques mots de temps à autre en attendant que le boulot s'apaise un peu. 

Amitiés toujours sincères de votre dévoué

 

Hermann 

Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (9)

Voilà, la correspondance s'arrête là.........

Il me semble me rappeler qu'Hermann était rentré sain et sauf à la fin de la guerre. Je ne pense pas qu'ils se soient rencontré, Gabrielle ayant épousé Jean.

J'aime à penser qu'Hermann a pu exercer sa passion, la peinture, et qu'il est devenu un peintre connu et reconnu .............. qui sait ? Peut-être est-il devenu ce peintre qui a notamment fait la couverture de ce livre "L'Alsace" (Helene MEGRET) , et peint ces toiles ?? (ci-dessous)

Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (9)Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (9)

Je n'ai malheureusement pas trouvé plus de renseignements sur ce peintre (Hermann Edouard WAGNER) sinon qu'il a vécu de 1894 à 1963.

A bientôt , bises

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 16 Septembre 2014

Paysans et Pope macédoniens - Septembre 1916

Paysans et Pope macédoniens - Septembre 1916

18 novembre 1916    

 

Chère soeurette,

 

Je viens de recevoir une de vos lettres dans laquelle vous me faites un petit reproche au sujet de ma correspondance un peu délaissée. Vous avez raison, à cette époque là mes occupations journalières m'empêchaient d'être plus souvent à vous. Heureusement il n'en est plus ainsi aujourd'hui car la population civile a été évacuée et cela me rend plus libre. Pardonnez-moi alors et dorénavant vous aurez plus de nouvelles. 

J'ai quelque chose d'intéressant à vous annoncer : j'ai reçu une lettre-carte de Constantinople. Il est vrai qu'elle a parcouru un long chemin mais elle est arrivée quand même. Tout le monde se porte bien et n'est nullement dérangé par les turcs. 

C'est maman qui m'écrit, vous pensez si j'ai été heureux. Aussi j'ai vite répondu et espère avoir maintenant une lettre de temps à autre. 

Je vous quitte chère frangine et espère que ma carte vous trouvera en bonne santé et habituée dans vos nouvelles occupations. 

Recevez de votre frérot tout dévoué ses plus sincères amitiés. 

 

Hermann
 

Aveugle mendiant

Aveugle mendiant

7 janvier 1917    

 

Chère petite franginette, 

 

Je suis vraiment confus d'avoir tant tardé à vous écrire mais croyez-le j'ai un travail monstre en ce moment. Je ne vous oublie pas malgré cela et c'est plus d'une fois que l'intention me venait de vous tracer quelques mots mais un ennui quelconque venait m'en empêcher. 

Pendant quelques temps encore n'aurez-vous que quelques mots à la hâte de votre frangin mais ayez l'assurance que sa pensée vous suit et qu'il est toujours votre frérot tout dévoué. 

 

Hermann

(Ne m'oubliez pas quand même, je n'ai d'ailleurs pas besoin de vous le rappeler)

Constantinople - Stamboul* et le nouveau pont

Constantinople - Stamboul* et le nouveau pont

En campagne  2  mars 1917   

 

Bien chère frangine,

 

Mille fois pardon et toutes mes excuses pour avoir ainsi délaissé ma soeurette. Je suis vraiment un sauvage, évidemment je suis débordé de boulot mais j'aurais quand même pu malgré cela vous écrire depuis le temps deux ou trois fois. 

Vous voyez que je suis franc et reconnais mon tort mais à l'avenir cela changera. Dans votre dernière lettre datée du 9 février vous croyez m'avoir froissé par vos petits envois. Détrompez vous, je vous comprends très bien mais n'est-ce pas juste de vous en remercier . Grande soeur comme vous en avez eu l'intention de l'être, vous y réussissez très bien et ayez l'assurance que celui qui vous écrit et pense à vous quand même le reconnaîtra toujours et redeviendra le frérot bon et assidu d'autrefois. 

 

Hermann

*Jusqu'en 1930, l'agglomération s'appelait officiellement « Constantinople », et « Stamboul » ne désignait que la Vieille Ville (la péninsule historique). Ce nom fut étendu à toute la ville sous la forme moderne « Istanbul » à la suite de la réforme de la langue et de l'écriture turque par Atatürk en 1928.

A bientôt , bises

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 13 Septembre 2014

Cultivateurs macédoniens

Cultivateurs macédoniens

En campagne, 16 août 1916     

 

Bien chère soeurette, 

 

En vitesse sans prendre de temps puisqu'il est tard je vous trace ces quelques mots. Je suis un peu fatigué ce soir car j'ai couru cette matinée pour des achats, toujours. Heureusement je suis tombé un jour de marché qui a satisfait tous nos désirs.  Mais c'est dur par ce soleil de plomb.

Que devenez-vous ? Je n'ai toujours pas de vos nouvelles. Encore aujourd'hui pas de courrier. J'espère qu'à la prochaine occasion je serais comblé. Je vous quitte alors soeurette et vous laisse en même temps une bonne pensée de votre frérot tout dévoué. 

 

Hermann

Constantinople - Les Eaux Douces d'Europe (lieu de promenade pour les touristes qui visitent Constantinople au début du XXe siècle)

Constantinople - Les Eaux Douces d'Europe (lieu de promenade pour les touristes qui visitent Constantinople au début du XXe siècle)

22 août 1916         

 

Bien chère frangine, 

 

Quelques mots sur mes genoux car nous allons camper provisoirement. Ce soir nous devons occuper nos nouveaux emplacements. On n'y a pas perdu au change et ça rapplique abondamment ici aussi. 

Enfin patience, peut-être arriverons-nous à bout de tout ce malheur et surtout un moment plus tôt.

A part cela tout va bien en question de santé. Pas de vos nouvelles toujours et pour quelques temps encore malheureusement. 

A l'instant où je vous écris sous une rafale d'obus nous cherche, j'espère qu'elle ne nous trouvera pas. 

Je vous quitte chère frangine en attendant de vos bonnes nouvelles et vous laisse avec une bonne pensée de votre frérot. 

 

Hermann
 

Constantinople - Le grand cimetière de Scutari (cimetière célèbre auquel Théophile Gautier a consacré un chapître dans son livre "Constantinople")

Constantinople - Le grand cimetière de Scutari (cimetière célèbre auquel Théophile Gautier a consacré un chapître dans son livre "Constantinople")

30 août 1916

En campagne

 

Bien chère soeurette,

 

Je viens enfin de recevoir la lettre qui vous apprend notre départ d'il y a quelques temps. Mais depuis que de changements et que d'émotions. Malheureusement nous n'avons pas fini et si ce n'était la censure je vous donnerais quelques renseignements dur la situation très curieuse des derniers temps. 

D'ailleurs les journaux doivent vous informer, tant bien que mal, mais toujours est-il que la Macédoine ne fut jamais plus salade qu'actuellement. Comme je vous le disais donc nous n'avons pas fini de nous appuyer des "trottes". Pour l'instant nous sommes en première ligne, le régiment du moins et nous autres dans un village souvent .................

Grâce à Dieu il n'y a pas de mal jusqu'ici mais il ne faudrait pas trop s'y attarder. Vivement qu'on se débine à cause de cela comme par désir de nouveau.  Que de choses on se conterait chère frangine si l'on était ensemble ! je crois que les heures passeraient bien vite. Mais où sont les beaux jours ? Bien loin hélas. Aussi je me console à l'idée que l'affection de ma soeurette ne faiblira jamais. Ce de quoi je ne doutais guère mais que j'aime à lire quand même dans votre aimable lettre. 

Soyez certaine que la chose est réciproque et en attendant les beaux jours croyez chère frangine à l'amitié la plus sincère de votre frérot tout dévoué. 

 

Hermann

Pas de nouvelles encore de Couprie. Le temps me paraît bien long

Constantinople - Dans la Corne d'or (célèbre estuaire de Constantinople qui se jette dans le Bosphore)

Constantinople - Dans la Corne d'or (célèbre estuaire de Constantinople qui se jette dans le Bosphore)

11 septembre 1916    

 

Bien chère frangine ,

 

J'ai reçu hier votre charmante carte qui m'a fait grand plaisir et regrette que la personne ne soit pas présente pour me dire de vive voix ces doux mots. En retour je ne peux que vous assurer la réciprocité de cette promesse et soyez certaine que votre frérot quoique très occupé pense bien souvent à vous quand même.

Vous m'excuserez chère soeurette si encore aujourd'hui j'emploie la carte car c'est à la hâte que je vous trace ces quelques lignes. Mes journées sont entièrement prises et sans exagération une partie de mes nuits également. Je pense que cela ne durera éternellement et qu'un de ces jours je pourrais vous écrire plus longuement.

Je vous quitte alors chère soeurette avec mes plus sincères amitiés. Votre frérot tout dévoué. 

 

Hermann

Couprie vient d'être évacué pour fatigue. C'est un veinard et lui souhaite un bon et long repos.
 

A bientôt,

Bises

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 9 Septembre 2014

Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (6)

Aujourd'hui avant de vous retranscrire certaines cartes d'Hermann, je voulais vous montrer les deux bijoux qu'il avait fait parvenir à Gabrielle.

Les bijoux étaient accompagnés de ce petit mot :

"A sa Gabrielle affectionnée en souvenir d'une sincère amitié,

Son frérot tout dévoué

Hermann

La croix a cela de particulier qu'elle contenait une relique. Elle est entièrement travaillée au burin.

Je n'ai pas pu vous trouver une bague à votre doigt, les femmes ayant ici des doigts monstres. Elles mettent cela au pouce assez souvent. Enfin ce grossier bijou est plutôt à garder comme curiosité"

Pour vous donner une idée de la dimension de la bague , j'en ai mis une des miennes à côté (je fais du 56)
Pour vous donner une idée de la dimension de la bague , j'en ai mis une des miennes à côté (je fais du 56)
Pour vous donner une idée de la dimension de la bague , j'en ai mis une des miennes à côté (je fais du 56)
Pour vous donner une idée de la dimension de la bague , j'en ai mis une des miennes à côté (je fais du 56)
Pour vous donner une idée de la dimension de la bague , j'en ai mis une des miennes à côté (je fais du 56)
Pour vous donner une idée de la dimension de la bague , j'en ai mis une des miennes à côté (je fais du 56)

Pour vous donner une idée de la dimension de la bague , j'en ai mis une des miennes à côté (je fais du 56)

Vue orientale des colonnes de Jupiter - Athènes

Vue orientale des colonnes de Jupiter - Athènes

17 juillet 1916         

 

Bien chère frangine,

 

J'ai reçu hier votre petit colis contenant les livres. Je ne les ai pas encore lus mais  je pense qu'ils m'intéresseront. Il y en a un particulièrement qui a l'air bien. Enfin cela me fera passer un petit moment tout en repassant un peu les passages importants du protestantisme. Mille mercis alors à vos amis et à vous. J'ai encore reçu aujourd'hui une carte. C'est très gentil à vous chère frangine de ne pas oublier votre frérot. 

A propos il est un peu indisposé votre frangin depuis deux jours. L'estomac cloche un peu alors depuis ce matin malgré mon bon appétit, je l'ai soumis à un régime de retraite. C'est à dire la diète. J'espère que d'ici un ou deux jours tout ira bien. A part cela rien de particulier. Toujours le calme. Il fait frais depuis hier. Le temps est au nord ce qui est très agréable, on n'étouffe plus, si ça pouvait durer !

Je vous laisse chère frangine et compte sur vous pour une longue lettre prochainement. Votre frérot tout dévoué. 

 

Hermann

Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (6)

4 août 1916           

 

Bien chère frangine,

 

J'ai enfin pu me procurer des cartes de Constantinople et m'empresse de vous en faire parvenir une. Heureusement je suis tombé sur une édition très belle qui vous fera certainement plaisir.

J'ai reçu avant hier votre lettre du 19 et m'excuse de ne vous répondre que par une carte. Je pense que vous me pardonnerez chère frangine car en ce moment je suis très occupé. Ma brigade n'ayant pas d'interprète je dois la servir en même temps que mon régiment. Vous voyez donc que mes journées sont bien remplies , il y a même un peu de surmenage mais je supporte car cela ne durera pas longtemps. Une fois en position tout se calmera. A vrai dire je ne sais pas toujours où nous allons mais toujours est-il que nous descendons vers l'ouest. 

Après deux jours je reprends ma carte chère frangine qui avait été interrompue par mon service. Nous marchons toujours et ne sais où nous allons. La santé est bonne mais la fatigue se fait lourdement sentir. 

A bientôt chère frangine, écrivez-moi souvent. Dès que j'aurais le temps je vous écrirai longuement. 

Votre frangin tout dévoué, 

 

Hermann 

 

 

Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien (6)

En campagne, 10 août 1916    

 

Chère frangine,

 

Décidément je ne pourrai pas avoir un moment de libre pour vous le consacrer. Comme je vous le disais hier, j'avais l'intention de vous écrire longuement aujourd'hui mais l'homme propose et Dieu dispose, c'est bien vrai. Mes plans sont détruits et je me vois obligé encore de venir vous trouver avec une carte. Ma journée que je prévoyais donc calme se trouve entravée par des courses, c'est pourquoi vous m'excuserez encore. 

J'avais complètement oublié hier de vous dire que je n'avais pas encore reçu de nouvelles de Couprie.  C'est assez long à venir car le pli doit passer par plusieurs mains, j'espère recevoir quelque chose dans une dizaine de jours. Je vous dirais ce dont il en est. Réciproquement j'aime à croire que vos parents se portent bien et vous prierai de leur présenter mes respectueuses salutations.

A bientôt alors chère frangine le plaisir de vous écrire plus longuement et en attendant recevez de votre frérot tout dévoué ses plus sincères amitiés.

 

Hermann

4 août 1916 = offensive serbe dans la région du Lac Prespa en Macédoine

"En campagne" militaire s'entend, bien évidemment. Normalement "en campagne" est un terme du domaine militaire désignant les opérations de guerre.

"Couprie" est le nom de famille de mon arrière grand-père. C'est lui qui avait mis en contact Gabrielle et Hermann ; Gabrielle étant sa belle-soeur.

A bientôt

Bises

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 6 Septembre 2014

Hermann et  Gabrielle : Lettres du front macédonien (5)

4 juillet 1916    

 

Bien chère frangine,

 

Je viens répondre à votre lettre du 21  qui m'est arrivée ce matin-même. Je suis très heureux que les cartes postales vous fassent plaisir mais n'allez pas  croire que je me servirais de cela pour abréger mes lettres , non au contraire. Mais cous m'excuserez aujourd'hui car par extraordinaire je suis occupé par un travail assez pressé voilà pourquoi pour quatre jours encore mon temps sera très rempli.

J'ai été chargé d'illustrer le programme d'un concours présidé par le Général BAILLOUD alors il s'agit de faire bonne figure en s'appliquant. Vous serez donc indulgente chère frangine et sitôt débarassé une longue lettre partira.

Les cartes comme vous le voyez ne sont pas merveilleuses mais il faudra s'en contenter. Je ne peux pas dire que l'article manque mais le travail d'impression n'est pas soigné, à part celle-ci et quelques autres il est rare de trouver quelque chose de propre.

Je regrette bien en effet de ne pouvoir goûter de vos bonnes cerises mais la sobriété de tous mes désirs me fait oublier toutes ces vieilles choses et l'on n'est presque pas étonné de se trouver en été sans fruit. Je vous le disais bien, nous sommes réduits à l'état animal et ce n'est que le retour de la paix et surtout la vie du civil qui pourront nous remettre à condition que ça ne tarde. Heureusement que vous me donnez espoir et je lance un soupir d'encouragement.

Quant à la chaleur, je croyais en effet me trouver à l'abri du soleil ici, mais je constate qu'il chauffe aussi fort partout dans ce maudit pays. Je vous quitte, alors écrivez-moi plus souvent et recevez de votre frérot qui pense à vous d'affectueuses pensées.

 

Hermann                                 

 

Excusez l'écriture, je n'y vois presque plus. Il va faire nuit et je vous souhaite le bonsoir. 

 

Hermann et  Gabrielle : Lettres du front macédonien (5)

7 juillet 1916       

 

Bien chère frangine,

 

J'ai reçu aujourd'hui votre colis qui m'a fait grand plaisir et vous en remercie infiniment. Malheureusement l'action de la chaleur a fondu le chocolat de sorte que le jambon est arrivé amalgamé d'une couche de chocolat. Le fait est qu'il n'y avait aucune odeur inquiétante et je crois que c'est à cette transformation imprévue que je dois d'avoir pu le manger. Il était excellent. 

D'autre part vous avez des inquiétudes sur mon sort à l'idée que les mouches pourraient me dévorer, il ne s'en faut pas de beaucoup il est vrai, mais tout de même les petites bêtes ne mangent pas les grosses.

Enfin inutile de vous faire du mauvais sang, à part le chocolat tout est arrivé hier. Cla étant, chère frangine, évitez à l'avenir l'envoi de matières décomposables ou transformable par le manque d'air ou par la chaleur. Pour le jambon ce n'est déjà pas prudent.

D'après votre petite lettre il ferait aussi très chaud en France, ce doit être extraordinaire car je crois que dans votre latitude la température devrait être plutôt normale. Dans tous les cas, ici c'est affreux, nous étouffons et je me demande quel sera notre état au moment des canicules. Mais je préfère cela tout de même aux rigueurs de l'hiver qui sont pour le soldat un deuxième ennemi.

Je prends patience quand même car d'après les communiqués les choses ont l'air de se précipiter et peut-être le Dieu de la guerre (que nous avons ici tout près sur l'Olympe) nous épargnera-t-il une troisième année de carnage. Je compte sur vous pour me communiquer l'opinion en France. 

Je vous laisse chère frangine et vous remercie encore une fois pour les friandises. 

Votre tout dévoué,

Hermann

 

Je tenais à vous montrer le dos d'une des cartes afin de vous montrer la petitesse de l'écriture mais on ne peut pas la qualifier d'écriture "en pattes de mouche" car si elle est minuscule, l'écriture reste soignée.

En agrandissant à la photocopieuse c'est plus facile à lire ! Lol

Je vous montre donc la carte du 7 juillet :

Hermann et  Gabrielle : Lettres du front macédonien (5)

A bientôt, bises

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 3 Septembre 2014

Lettres du front macédonien (4)

24 juin 1916   

 

Bien chère frangine,

 

J'ai reçu hier votre charmante lettre du 12 qui m'a ravi et m'empresse de vous faire réponse. Soyez certaine dans tous les cas que toutes les fois que je recevrai ainsi vos bonnes lettres le cafard ne m'attaquera pas et loin de défaillir je serai armé d'un formidable engin qui le mettra en fuite. Enfin, je tiens à vous remercier des bons sentiments que vous avez pour moi et pense que quoique éloigné je pourrai par mes lettres vous prouver qu'ils sont réciproques. Soyez donc assidue pour m'écrire chère frangine et je ne me lasserai jamais de lire vos réconfortantes lettres. 

Vous me faites de la peine quand dans un passage de votre lettre vous me dites que votre amitié serait si peu de chose. Avouez que ça n'est pas gentil et que loin de penser à cela au contraire j'étais très touché de la bienveillance d'une personne que je ne connaissais pas et qui s'offrait à moi pour adoucir ma vie. C'est au contraire à moi de vous assurer de toute ma sincérité et ne saurai jamais comment vous faire preuve de ma gratitude.

Quant aux petits dessins il n'y a vraiment pas de quoi. Mais puisque cela vous fait plaisir je me ferai une joie de vous en joindre à mes lettres toutes les fois que je le pourrai.
Mais d'autre part je vous en supplie ne me traitez pas d'artiste car j'en suis bien loin. Soyez donc modeste et réservez ces titres pour le jour où j'aurais acquis plus d'habileté, pour l'instant je ne suis qu'un artiste manqué et je vous expliquerai en quelques lignes pourquoi. Cela vous intéressera peut-être et vous connaîtrez ainsi une petite partie de la vie de votre frangin.

Vous le savez fort bien maintenant que je suis français et né de parents français. Mon père est originaire de Douai et c'est de lui que j'ai hérité ces dispositions que j'ai pour le dessin et la peinture. Mais voilà, durant mon jeune âge ma plus grande et favorite occupation était le dessin et mes parents n'y voyaient aucun inconvénient, et au contraire m'encourageaient tout en ayant soin de mon instruction.  Ce n'est qu'au moment où je dus fixer le choix de ma carrière future qu'il y eut des troubles. 

A mon avis, chère frangine, un homme ne doit jamais aller chercher son métier là où il n'y trouve pas des dispositions qui lui sont naturelles. Or chez moi vous voyez maintenant quels étaient mes penchants. En conséquence j'exposai mes plans à ma famille. Malheur ! on levât aussitôt les bras et l'on voyait déjà le fils misérable et gagnant sa vie difficilement. Cela arrive et même les chances sont très nombreuses mais le préjugé est faux. Que voulez-vous je n'ai rien pu contre cette idée enracinée dans le cerveau de tous les parents d'après lequel les arts ne nourrissent pas. J'en connais beaucoup et qui sont loin de mendier leur pain. 

Bref , je dus abandonner mon parti et à défaut embrasser la carrière d'ingénieur électricien. C'est en 1913-14 que j'étudiais à Paris quand la guerre vint entraver heureusement mes études. Je dis heureusement car de plus en plus ma passion pour les arts l'emportait sur le reste et ce n'est plus à présent, après deux ans de guerre que j'y reviendrai. J'ai pris ma décision et on aura beau me sermonner je n'en démordrai plus. J'ai d'ailleurs préparé mon petit discours qui me donnera gain de cause à mon retour, j'en suis certain. 

Vous voyez donc chère frangine que vous êtes plutôt devant un futut ingénieur que devant un artiste. Et dire qu'en juillet cette année-ci j'aurai eu mon diplôme.  Enfin je ne le regrette pas car je travaillais à contre-coeur. Maintenant si j'en reviens je serais libre et m'adonnerai entièrement et fiévreusement à mon art.

Je me spécialise particulièrement dans la caricature et si la destinée me favorise, vous pourrez d'ici quelques temps voir quelques dessins que j'ai expédiés à Paris pour les faire publier. Je tâte ainsi le terrain afin de me rendre compte de ce que je pourrai faire. Sitôt que j'aurais une réponse je vous écrirai pour vous dire ce qu'il en est .

Vous me parlez de permissions, hélas il n'en est toujours pas question ou du moins très peu. Comme vous l'avez deviné c'est la longue traversée surtout dangereuse, qui est la cause de la suppression. A moins qu'un évènement du hasard nous rende maître des Turcs et par suite de la mer, je ne vois pas d'autres solutions pour retourner en France avant la fin de la guerre. C'est un triste présage mais devant la force on s'incline, on s'y habitue peu à peu et la chose finit par être très naturelle. Cela n'empêche pas de vous remercier infiniment de l'offre que vous me faites de venir passer une partie de ma permission auprès de vous. Je n'ai pas le plaisir de connaître vos parents qui doivent être de votre avis certainement, aussi je vous charge de mes respects auprès d'eux et tous mes remerciements.

Comme vous chère frangine je serais on ne peut plus heureux de me trouver avec ma soeurette et de sentir auprès d'elle l'affection et le bonheur oublié et si lointain depuis mon départ de Constantinople. Je retrouverais certainement là le calme et la sérénité, enfin ce sera un rêve malheureusement trop court et ce bonheur que vous qualifiez de tout petit à l'idée de pouvoir vous trouver sera au contraire très grand. Sachez aussi que si votre pensée me suit, la mienne ne vous quitte pas et c'est avec impatience que j'attends vos lettres pour me sentir toujours plus près de ma frangine.

Ci-joint une petite photo que j'ai fait ces derniers temps, je pense qu'elle vous fera plaisir. Vous pourrez voir un peu la frimousse de votre filleul.

Lettres du front macédonien (4)

Ce n'est pas une tête de turc heureusement. Je sais que les poilus envoient chez eux des bagues faites en aluminium ou avec des pièces serbes mais je trouve que la chose devient trop banale et je remplace cela par une vieille monnaie hongroise que j'ai trouvée chez des paysans. Elle est intéressante et date de 176_ (?) du XVIIIème. Je pense qu'elle vous offrira plus d'intérêt qu'une bague et la porterez à votre guise en souvenir de votre poilu tout dévoué et qui ne cesse de penser à sa soeurette. 

Je veux qu'en toute franchise vous me disiez si une bague vous fait envie, je me ferai un plaisir de vous en envoyer .  

 

Hermann                                   

Les photos qui illustrent ces lettres sont des originaux envoyés par Hermann. Elles ont été agrandies bien gentiment par un ami photographe. Certaines n'ont pas pu l'être car devenues trop claires et "illisibles" avec le temps.

Elles ont du être agrandies car elles font seulement 4cm x 6cm à l'origine !!

Pour les cartes postales , je les ai reprises en photo et ça rend plutôt bien. Quant aux dessins sur les lettres je les avais déjà en diapos ce qui donne une meilleure résolution. Et je dois dire que je suis très contente du petit appareil que j'ai acheté pour numériser les diapos et les négatifs, il fait du très bon travail.

Voilà pour les petits détails techniques.

A bientôt , bises

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 31 Août 2014

Athènes - le théâtre de Bacchus

Athènes - le théâtre de Bacchus

5 juin 1916

Chère Frangine,

 

Nous venons de changer d'emplacement pour venir prendre place dans un petit valonnement qui nous met un peu à l'abri. Grâce au courant d'air nous avons un peu moins chaud mais par contre les mouches sont innombrables.

A part cela tout va bien. Calme en général. J'espère que cette carte vous fera plaisir. Si vous en collectionnez dites-le moi je me ferai un plaisir de vous procurer des vues de la Grèce antique. 

A bientôt une longue lettre et je charge la présente de sincères amitiés pour ma frangine. 

 

Votre tout dévoué,                                     

Hermann                                            

Nous venons d'apprendre la victoire navale anglaise qui a produit ici un vif plaisir. Espérons que c'est le commencement de la fin, comme dit l'autre .         

 

 

 

la flotte britannique navigant en parallèle
la flotte britannique navigant en parallèle

La victoire anglaise dont Hermann parle est la Bataille de Jutland qui débuta le 31 mai 1916 et prit fin le lendemain matin par la fuite des navires allemands face à la flotte anglaise.

Lettres du front macédonien (3)

Ratech, 10 juin 1916   

Chère frangine, 

 

Voilà quelques jours que le courrier fait défaut ou du moins se trouve très réduit. Je sais que le grand frère n'est pas oublié mais j'ai hâte de voir venir la voiture du vaguemestre toute débordante de sacs et avoir le plaisir de vous lire. En attendant cela je vous trace ces quelques lignes pour tromper ce retard postal qui commence à nous fatiguer tous.

On est si heureux de pouvoir aider au triage et, surtout pour le plaisir de chercher ses lettres plutôt que celles des autres. Enfin j'espère que demain il y aura du bon, le vaguemestre nous a donné à espérer.

Quelle chaleur sur ces petites crêtes ! Il faudrait voir nos mines. On est tous mous et flasques comme des méduses et pour comble de bonheur, les mouches s'acharnent à nous tracasser continuellement. Heureusement qu'une grande nouvelle russe vient me tirer de ma nonchalance et me donner un peu d'énergie. Trois armées autrichiennes seraient en déroute. C'est merveilleux et laissez-moi dire comme un poilu tout à l'heure : c'est le commencement de la fin. Ici c'est toujours assez calme, les obus ne sont pas trop gênants et se tiennent à distance. 

Je vous quitte chère frangine dans l'espoir de vous lire bientôt.

 

Hermann                             

 

Excusez le crayon, dans l'effet d'exaltation de la victoire russe j'ai versé mon encrier.        

 

La "nouvelle russe" est l'offensive russe du Général Broussilov contre les armées allemandes et austro-hongroises. Cette offensive débute le 4 juin 1916 et se poursuit jusqu'en septembre de la même année.

A bientôt pour une prochaine lettre un peu plus longue cette fois.

Bises

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 28 Août 2014

Campagne d'Orient (Grèce)

Campagne d'Orient (Grèce)

Dans les ruines de Yenni Kerri

31 mai 1916 

 

Mademoiselle, 

 

Tirez-moi d'embarras, je vous en prie.  Oui je dis d'embarras, car vos deux dernières lettres m'ont mis dans une situation difficile.

Ainsi dans votre charmante lettre du 18 vous m'appelez votre cher frangin. Inutile de vous dire que cette nouvelle appellation m'a fait vivement plaisir et je l'approuve beaucoup. Seulement voilà où se trouve mon embarras : dois-je vous appeler à mon tour, grande soeur, ou bien chère frangine tout simplement ? Vous direz il est stupide et vous aurez raison. Je perds le fil de mon idée......

Grande soeur, au sens figuré, c'est très justifié, mais il me semble et vous en conviendrez que nous n'en sommes plus à ces termes de premier abord et solennels. D'autre part vous me faites comprendre être plus jeune que moi. Alors je crois que chère frangine irait mieux, c'est d'ailleurs plus calin et beaucoup plus fraternel.

"Je ne me vois pas assez vieille pour un filleul de votre âge"    Oh !  voilà qui m'intrique au suprême degré. Aussi vous devinez ce que j'exigerai comme réponse dans votre prochaine lettre, votre âge. Vous seriez aimable aussi tout plein de me dire cela.

Il faut tout de même que je me présente un peu ma soeurette, ou du moins en âge. Dans vos premières lettres quand vous me parliez de la grande soeur, j'avais pris la chose au sens propre et figuré naturellement, voilà qu'il n'en est pas ainsi. Je me figurais une demoiselle dans les 24-25 ans que sais-je ? Mais non, elle est plus jeune. Tant mieux. Pourquoi ? Je n'en sais rien et cela me plaît plus. C'est donc entendu n'est-ce pas ? Je veux connaître l'âge de ma soeurette.

Laissez-moi maintenant vous remercier infiniment pour le colis, il est arrivé en parfait état et dans l'espace de trois jours. Le contenu était excellent et tout à fait de mon goût. A propos de goût ne vous en tourmentez pas, tout ce que vous y mettrez me plaira toujours. Seulement d'après votre lettre du 17 j'apprends l'arrivée d'un deuxième colis et j'en suis très confus et ne sais comment vous en remercier. Vous êtes vraiment trop bonne, je dirai même pas sérieuse.

J'ai été très heureux quand vous m'avez appris que vous étiez à Aulnay et que cela vous faisait plaisir. C'est bien vrai ce que vous dites, les beaux jours passent toujours trop vite. Combien j'aimerais aussi me trouver parmi des êtres chers comme vous en ce moment. Comme je ne savais pas apprécier les doux moments passés jadis dans ma ville ou alors je n'en comprenais que très peu la valeur.

On a raison de dire qu'il faut souffrir pour savoir mieux aimer. Hélas pour l'instant je suis privé de toute affection proche. Heureusement l'habitude est là pour nous soulager, elle efface le souvenir et l'on souffre bien moins. 

Si ce n'était les chaudes lettres que vous m'envoyez et celles que certains parents m'envoient, eh bien croyez Mademoiselle que je retournerais complètement à l'état animal. C'est triste mais c'est vrai et j'ai la certitude que tous mes camarades en sont là.  Ecartés de tout pendant des mois entiers comme des cloîtrés, c'est à y perdre toutes ses facultés. Pauvre jeunesse ! et quel sacrifice pour cette chère France ! 

Enfin vous me donnez espoir ainsi que tant d'autres et cela me relève un peu le moral. Dieu entende vos souhaits Mademoiselle puisque vous y mettez toute votre âme et proche soit le jour où nous reverrons toutes les beautés de la vie normale. 

Il paraît que mes pauvres turcs sont en mauvaise posture. Les hardis Russes viennent d'effectuer la liaison avec les Anglais ce qui donnera je pense aux Allemands l'occasion de réfléchir. je disais mes pauvres turcs Mademoiselle car ils sont plutôt à plaindre qu'à blâmer. Si ce n'était, leurs monstrueux entraîneurs et notre négligence diplomatique en Orient, nous aurions eu à l'heure actuelle une puissante armée de braves qui se battraient à nos sôtés tels tous nos alliés. Mais le turc est ignorant et par suite facile à conduire. Ses services étaient à la disposition du premier occupant et fatalement les autres sont arrivés avant nous.  Résultat : vous le voyez. Bref il faut espérer que c'est eux que nous aurons les premiers et que la chute de Bagdad sera un fort coup de massue donné à l'agonie de l'homme malade.

Quant à nous, c'est calme en général. Quelques bombardements se sont fait sentir ces derniers jours mais sans importance. Je ne sais trop les surprises qui nous sont réservées. Vous devez être plus renseignée que moi car c'est en France que se prennent les décisions.

Pour ma part je suis tranquille et toujours satisfait de mon poste. On ne saurait d'ailleurs être mieux. Le temps ne me manque pas pour écrire mais vous m'excuserez si j'ai mis deux jours pour répondre à vos lettres car par extraordinaire j'ai été un peu occupé hier et ce matin. Mais je n'ai pas manqué aussitôt débarassé de vous écrire.

Si vous le voulez bien à partir de ce jour on s'écrira plus osuvent que ce qui n'était jusqu'à présent. Je ne veux pas vous obliger si jamais vous n'en aviez pas le temps aussi j'attendrais votre réponse à ce sujet.

Je vous quitte alors en renouvelant mes remerciements pour les envois, ainsi que mes petites recommandations. Dans l'espoir de vous relire au plus tôt, recevez Mademoiselle, les très sincères amitiés de cotre frangin tout dévoué.

 

Hermann Wagner 

Dites-moi si l'aquarelle vous fait plaisir, je vous en enverrai toutes les fois que j'aurais l'occasion de dessiner.

En 1916 Gabrielle avait 24 ans, je n'ai pas de renseignement sur l'âge d'Hermann mais on peut supposer qu'il était dans la même tranche d'âge ou juste un peu plus âgé.

Les courriers sont retranscris très fidèlement mais bien entendu il faut les replacer dans le contexte de l'époque.

Fermage macédonien

Fermage macédonien

Bises

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 25 Août 2014

Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien

Cette année nous fêtons le centenaire du début de la "Grande Guerre" 1914-1918.

Je ne vais pas vous faire un cours d'histoire, mais à cette occasion j'ai ressorti du fond de mes tiroirs un trésor que je garde précieusement.

Pour tout vous dire j'ai eu une grand-grand-tante (en bref la tante de mon grand-père) qui a fait office de Mamie et chez qui j'ai passé beaucoup de temps quand j'étais enfant, puis adolescente.

Lorsque j'étais chez elle, je passais beaucoup de temps au milieu des vieux magazines (l'Echo de la mode, Bonnes soirées.........) et à l'occasion je rêvais devant les vieilles cartes postales qu'elle conservait dans une grande boîte en fer.

Et c'est comme ça que je suis tombée sur des cartes qui lui avaient été envoyé pendant la guerre.

Ces cartes ayant éveillé ma curiosité, Tata Gaby, comme on l'appelait, m'avait expliqué qu'elle avait été "marraine de guerre" d'un compagnon d'armes de son beau-frère qui se trouvait cantonné en Macédonie. Mais le plus gros de la correspondance n'avait pas été conservé, seules les cartes postales et trois lettres illustrées par des dessins avaient "survécues".

Ces cartes je les ai conservé précieusement et aujourd'hui j'avais envie de partager ces quelques missives avec vous.

Voici donc la première :

Hermann et Gabrielle : Lettres du front macédonien

En campagne le 28 mai 1916

Yenni Kerri (Macédoine)

Mademoiselle,

 

Je viens de recevoir votre aimable lettre et quelle n'a pas été ma surprise quand j'ai relu les premières lignes. Oh! elle était bonne celle-là et je ne m'y attendais pas du tout. Aussi le lendemain même je me suis empressé d'aller remercier Mr Couprie de m'avoir aussi gentiment recommandé auprès de vous. Enfin la chose m'a été d'autant plus agréable qu'elle venait de la part d'un bon camarade.

Quant à l'impression produite par mon nom, je m'en doutais bien. Vous n'êtes pas la seule Mademoiselle et toutes les personnes qui me voient pour la première fois en sont là. Heureusement mon physique qui n'a rien de la tête carrée calme aussitôt les esprits et mes sentiments, je m'en vante avec fierté, sont loin d'être germanophiles. Bref je crois inutile d'insister puisque vous le dites si bien, qu'importe le nom si le coeur est français. 

Vous me parlez Mademoiselle de mes parents et si je puis avoir de leurs nouvelles. Hélas non, ou du moins celles que j'ai et qui sont indirectes ne me suffisent guère. Il faut se contenter de ce que l'on a. Des parents à Marseille me renseignent quand ils le peuvent (toujours indirectement), de mon côté je puise à Salonique tout ce qu'il y a comme "canards" , car ça ne peut être autre chose, et de cette fusion j'en tire tout ce qui est rassurant et je me console.

Vous me dites que l'habitude est une deuxième nature. Vous avez fort raison Mademoiselle et j'ai d'aussi bonnes raisons que vous peut-être pour y croire. Enfin je compte à présent sur vos bonnes lettres pour tromper les mauvais jours et rendre les heures plus douces. Vous ne pouvez vous figurer combien une bonneet longue lettre encourage et avec quelle fièvre on les attend.

Grâce à Dieu, jusqu'à ce jour je n'ai pas été délaissé. Mes parents de France me donnent de l'espoir tant qu'ils peuvent. Je n'en doute pas nous sommes incontestablement les plus forts. Mais c'est égal la lettre d'une soeur ou d'une mèrec'est autre chose. Le coeur des femmes est toujours plus tendre, plus doux, comme elles savent trouver le mot, la phrase, qui vous fait sourire malgrévous, qui vous donne de la force et alors tout est oublié.

Une soeur, j'en ai une maintenant, aussi je compte sur elle pour tromper les durs instants que nous traversons. Durs, il faut s'entendre. Naturellement nous sommes bien loin d'être aussi malheureux que nos frères de Verdun, oh! bien loin. Les combats ne sont pas engagés, de rares bombardements, des marches pas bien nombreuses, et ma foi nous sommes des privilégiés (pour l'instant) mais ça viendra.

Je disais durs car nous sommes loin et cela y fait beaucoup. Ne parlons pas du cafard Mademoiselle, il est plus tenace que les Bulgares et redouble ses attaques. Ne trouvez-vous pas qu'il en faut de la patience ? Que c'est long ! Heureusement qu'étant interprète je suis un peu favorisé. Voilà près de deux mois que j'occupe ce poste et voudrais bien que la chose continue. Je suis assez tranquille et indépendant. Ce qui me permet d'employer mon temps à ma guise, chose très appréciable. Que serait-ce sans cela ?

J'ai vu aussi les mauvais mois de la Serbie mais comme simple poilu alors, quelle musique. Comme cela s'oublie aussi, c'est curieux heureusement. Enfin à Messieurs les Bocho-bulgares à battre un peu en retraite. Espérons que ça ne tardera et qu'on pourra rendre bientôt à ces pauvres Serbes une terre qui sera bien gagnée. En voilà encore qui en ont vu de dures. Et dire que bien d'entre eux ont perdu outre leurs biens, mais aussi leurs familles. Quel désastre tout de même.

Je suis heureux de savoir Monsieur votre frère un peu à l'abri, il me semble que ceux qui risquent depuis le début ont droit à quelques faveurs.

 

Hermann Wagner                                      

 

 

A bientôt pour la prochaine, bises

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Rédigé par Elisabeth

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